La troisième a un goût
À dix-sept ans, un cuisinier à la retraite du village lui a appris à fermenter dans une cuisine qui sentait le vinaigre de cidre. Vinaigre, levain, kimchi, bière maison. La première était imbuvable. La deuxième avait un goût de vinaigre. La troisième « avait un goût », et Liam est resté à la regarder comme s'il venait de résoudre une question qu'il ne savait pas se poser.
Le cuisinier l'a laissé se planter deux fois avant de dire quoi que ce soit. Puis il lui a dit une seule phrase : ce qui déraille, ce n'est pas la recette, c'est l'attention. Liam avait déjà la carrure d'un adulte et la patience de quelqu'un qui avait passé son enfance seul dans la montagne. Il a saisi la phrase tout de suite, même s'il lui a fallu des années pour en comprendre toute la portée.
Depuis cet après-midi-là, il n'a plus jamais utilisé un ingrédient sans le goûter d'abord : mâcher la baie, sentir l'écorce, tremper le doigt dans le miel. Se fier à une étiquette lui semblait, sans qu'il l'ait jamais formulé, une petite façon de mentir. La cuisine n'avait rien de joli. Elle avait une friteuse vieillissante et une fenêtre qui ne fermait pas tout à fait. Elle comptait pour lui plus que n'importe quel bel endroit.