Trois heures et quart
Otto se réveille à trois heures et quart du matin sans réveil. Tous les jours. Il sort d'un petit appartement à Kvaløya, une île à l'ouest de Tromsø, traverse le pont à vélo avec des pneus à clous et arrive à une usine de transformation de poisson où il trie les captures dans une chambre froide à vingt sous zéro. Le froid lui va bien. Ce n'est pas une expression toute faite : il fonctionne mieux quand la température baisse et le bruit aussi. Le renard polaire ne montre aucun signe de stress dû au froid jusqu'à soixante-dix sous zéro. Otto ne va pas jusque-là, mais il comprend le principe.
Ce que tu vois sur le portrait, c'est exactement ça. Un pull en grosse maille à rayures verticales bleu marine et jaune moutarde, un bonnet en laine enfoncé jusqu'aux oreilles, et des yeux ambre qui regardent de face sans rien demander. Il ne sourit pas. Il ne menace pas. Il enregistre. Le regard de quelqu'un qui est debout depuis trois heures du matin et qui sait des choses sur son environnement que tu n'as pas encore remarquées.
Le jaune du pull est le seul accent chaud de toute l'image. Le reste est bleu marine, gris argenté, blanc. Le pelage du visage a trois tons qui se fondent sans transition brusque : gris foncé sur le front, gris moyen sur les côtés, blanc pur sur le museau et le menton. Il y a dans la composition une symétrie presque parfaite mais pas tout à fait — la tête a une inclinaison minime, imperceptible si tu ne la cherches pas. Ça humanise.







