Un portrait qui écoute
L'affiche mate de Yara entre dans une pièce comme elle entre dans le fauteuil principal du studio : sans avancer le corps, sans chercher l'attention, avec cette tranquillité du caïman noir qui attend sans s'impatienter. Il est onze heures quarante-sept du soir quelque part dans le temps intérieur du portrait. Yara passe depuis quarante minutes sur la même seconde d'un master et n'a pas bougé un fader. Le papier mat tient cette scène au mur comme si c'était une photo volée à l'intérieur d'une cabine de mastering : la bomber crème ouverte, le pull côtelé blanc impeccable, la fine chaîne dorée qui tombe silencieusement sur le cou, le regard qui ne sourit pas pour la caméra parce que ce n'est pas nécessaire.
Il y a des tirages qui crient. Ce portrait appartient à l'autre famille. Il fonctionne comme une archive silencieuse qui organise la pièce autour de lui, le même savoir-faire que Yara pratique à l'Estúdio Igapó quand un groupe arrive avec trop de bruit et qu'elle baisse simplement le volume du moniteur jusqu'à ce que le silence pèse plus que la conversation. Accroché chez soi il fait la même chose. Les gens qui entrent baissent le ton sans savoir pourquoi. Le portrait de caïman noir ne demande rien, il tient simplement, et la pièce se pose.







