§ 01 · Carnet de portraits · Les archives 80 portraits · 2002 — 2022 · 5 appareils

Carnet de portraits.

Le portrait intéresse parce que le visage ne sait pas tout à fait mentir. Il peut essayer — et il y parvient parfois un instant —, mais à un moment quelque chose se brise, et ce qui apparaît, c'est ce qu'il y a.

C'est ce que je cherche depuis que j'ai commencé à faire de la photographie. Pas l'instant favorable. L'autre.

§ 02 · Note d'auteur

Le visage comme territoire

Le portrait m'intéresse comme forme d'identification. Le visage de l'autre comme miroir : la possibilité de se reconnaître en quelqu'un que tu ne connais pas, ou de reconnaître chez l'inconnu quelque chose que tu préférerais ne pas voir là.

Diane Arbus regardait ceux que la société préférait ignorer, et elle le faisait de face, sans distance de sécurité. Elle ne transformait personne en cas ni en curiosité : elle les regardait comme des égaux, et cela produisait des portraits où tu ne pouvais pas rester en dehors. Ils te faisaient entrer.

Richard Avedon est arrivé au même endroit par un autre chemin : il a supprimé le décor, supprimé le contexte, laissé la personne seule face au fond blanc. Sans rien à quoi se raccrocher. Cette nudité formelle est impitoyable, et aussi la plus honnête que j'aie trouvée. Le décor offre toujours une échappatoire, quelque chose vers quoi détourner le regard. Avedon l'a retirée. Ce qui restait, c'était le visage. Rien d'autre.

Les limites du réel

Il y a quelque chose qui relie Avedon à Arbus, et que Witkin pousse encore plus loin : la conviction que l'appareil peut pousser là où la conversation n'irait pas. Joel-Peter Witkin travaille avec des voiles, des masques, des corps qui remettent en question ce que nous considérons comme photographiable. Ses photographies ne sont pas confortables. Ce qui m'intéresse chez lui, ce n'est pas la provocation comme fin en soi : c'est la disposition à ne pas détourner l'appareil quand surgit quelque chose de perturbant.

Cette idée — que l'image peut soutenir des choses que le naturalisme ne sait pas contenir — est ce qui m'a conduit au photomontage. Elle m'intéresse comme outil pour prendre le quotidien — un visage, un geste, quelque chose de tout à fait ordinaire — et le déplacer vers la marge du réel. Il y a un territoire juste là, entre ce que tu reconnais et ce que tu ne peux plus cataloguer, qui me semble l'endroit le plus honnête pour travailler. Dans certaines de ces pièces, il y a des transparences, de la lumière projetée, des éléments qui n'appartiennent pas au naturalisme de la prise directe. C'est le langage qui m'est le plus propre.

Le gris et le carré

Dans ce territoire, le noir et blanc et le carré ne sont pas des décisions esthétiques parmi d'autres (même s'ils le sont aussi, bien sûr). La couleur ajoute du bruit : il y a le teint de la peau, il y a les vêtements, il y a l'ambiance, et le visage doit rivaliser avec tout ça. En gris, la sortie de secours disparaît. Et le carré égalise : un cadrage rectangulaire porte en lui une hiérarchie, ce qui est en haut pèse davantage, les bords invitent à s'échapper. Le carré n'a pas de privilèges d'axe. Le poids tombe au centre.

Les portraits de cette section font partie de ceux que j'ai réalisés au fil des années. J'en ai beaucoup d'autres non publiés, d'avant, de périodes qui appartiennent à d'autres moments. Je partage ceux-ci non pas parce qu'ils seraient les meilleurs, mais parce que dans chacun, quand je les regarde maintenant, je me souviens pourquoi j'ai fait cette prise. Les appareils ont changé — du matériel argentique du début des années 2000 aux Hasselblad des dernières années — mais ce que je cherchais dans chaque visage ne change pas.

Ils sont 80. Noir et blanc, format carré, entre 2002 et 2022.

§ 03 · Questions fréquentes

Ce qu'il faut savoir.

Si tu es arrivé jusqu'ici et que tu te demandes ce que c'est — ce que sont ces portraits, pourquoi en noir et blanc et en carré, si on peut les acheter —, voici les questions qu'on me pose le plus.

Qu'est-ce que le Carnet de portraits ?
Un recueil de portraits que j'ai réalisés entre 2002 et 2022 : 80 images, en noir et blanc et format carré. Un portfolio d'auteur.
Pourquoi en noir et blanc et en carré ?
Le noir et blanc laisse le visage sans rien qui rivalise à côté. En couleur, il y a trop d'éléments qui se disputent l'attention, et le visage perd. Le carré égalise la composition : il n'y a ni haut ni bords privilégiés. Tout le poids retombe sur la personne.
Avec quels appareils sont-ils faits ?
Les plus récents avec les moyens formats Hasselblad H5D et X1D II 50C. Le reste, au Canon : l'EOS-1D Mark III, l'EOS 5D Mark III et l'EOS 5DS. Les plus anciens, du début des années 2000, sont argentiques, et de ces appareils je ne conserve plus les données.
Sont-ils tous ceux que tu as faits ?
Non. C'est une sélection : j'en ai beaucoup d'autres non publiés, d'autres époques. Je partage ceux-ci non pas parce qu'ils seraient les meilleurs, mais parce que dans chacun, en le regardant maintenant, je me souviens pourquoi j'ai fait cette prise.
Peut-on les acheter ?
Non. Cette section est un portfolio, pas une boutique. Il n'y a ni prix ni éditions. Le travail d'éditions limitées se trouve dans Animal Kinhood.